Elisabeth Emond

Nous avons voulu découvrir la femme derrière Nestor Stratégie, cette Agitatrice qui a osé croire en ses rêves et qui façonne notre société grâce à ses nombreux projets.

Récipiendaire du prix Zénith de la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Jérôme métropolitain dans la catégorie « Femmes d’affaires », Élizabeth Émond a tout de suite piqué notre curiosité. En cinq ans, elle a réussi à bâtir un cabinet de Relations Publiques et à se tailler une place de choix dans cette industrie tout en mettant au monde deux enfants et en parvenant à surmonter une séparation. 

Vous vous présentez comme féministe et militante, est-ce que cela a toujours été le cas ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous impliquer, à vous intéresser au monde politique ? À vouloir travailler sur le terrain ?

Cela a toujours été en moi. Très jeune, j’ai été témoin de comportements qui m’agaçaient. J’ai commencé à me questionner sur le traitement inégal dans les rapports de couple. Je me posais des questions sur ma culture et sur des habitudes qui étaient ancrées chez moi. C’est à travers mon parcours professionnel que j’ai vraiment été confronté à cette inégalité flagrante homme/femme. Dans certains milieus dominés par des hommes, c’est comme si je n’existais pas, on ne me saluait pas ou on ne me prenait pas au sérieux.

Pendant longtemps, je pensais que je n’étais pas capable. Ce fut un grand défi de sortir de ma zone de confort.  Mais lorsque tu en sors, tu réalises que tu as de la légitimité et de la pertinence. Si j’avais été un homme, mes entreprises professionnelles auraient démarré plus tôt et plus rapidement. Être une jeune femme dans la trentaine en politique a été très ardu. J’ai accepté et surmonté le défi, mais j’espère que les générations futures n’auront pas à vivre cela.

Je suis une féministe et je le serai tant et aussi longtemps qu’on aura besoin du féminisme. Tant qu’il restera du travail à faire. C’est une étiquette que je n’ai pas peur de porter. Je vais sonner l’alarme à chaque fois qu’il le faudra.  Tant qu’il y aura un déséquilibre, il faudra que des organisations s’en occupent.

Votre cabinet a soutenu des femmes autochtones lors de leur sortie médiatique pour la demande d’une enquête publique sur les allégations d’agressions sexuelles de la SQ. Pourquoi ?

Ce sont des histoires que je connaissais, des statistiques qui m’étaient familières… C’était une guerre inégale que ces femmes allaient livrer en terme juridique, en terme d’accompagnement et en terme médiatique. Quand le rapport est sorti et qu’il n’allait pas dans le sens des femmes autochtones, je me suis dit qu’il fallait qu’on les aide. J’ai mis mon équipe là-dessus. On les a accompagnées pro-bono. Je vais toujours être là pour ces femmes. Ce sont des battantes. Cela m’a touché en tant que femme, mais plus encore en tant qu’humain. Je trouve que cela n’a pas été assez loin, qu’on en parle pas assez, qu’on ne les considère pas assez…

Vous avez affirmé que votre retour aux études en sciences politiques était motivé par le désir d’être assise à la table où se prenait les décisions. Que vouliez-vous changer ou apporter à la société ?

J’ai voulu me battre contre l’injustice très tôt dans ma vie. Je voyais trop de gens en position d’autorité profiter de leur pouvoir. Rapidement, je suis devenue une perturbatrice. Je détectais des situations abusives, des abus de pouvoir, et il fallait que je me lève, j’étais une « brasseuse de cage ». Cependant, je n’arrivais pas nécessairement à mettre des mots sur ce que je vivais, je n’étais pas assez outillée pour bien me défendre. Mon retour aux études m’a permis d’aller chercher la pertinence et la légitimité derrière mes batailles. J’ai fait beaucoup de politique active, mais j’ai dû me retirer lorsque j’ai eu des enfants.

Aujourd’hui, mon rôle en Relations Publiques est plus intéressant à mon sens. J’essaie d’incorporer ma vision holistique du vivre ensemble. Mon travail est non partisan, et c’est plus important, car cela va rejoindre tout le monde. C’est la différence entre la fougue de la jeunesse. Je suis allé chercher une expertise. J’ai pu mettre les pieds dans les bonnes organisations et je contribue à changer les choses de l’intérieur, de manière structurelle. J’ai beaucoup plus d’impact aujourd’hui, je change les choses différemment.

Après vos études, vous avez commencé à travailler à votre compte. Pourquoi avoir choisi cette voie ?  N’aviez-vous pas peur d’être dans une situation précaire ?

L’insécurité financière ne m’a jamais inquiétée. Je me suis toujours dit que j’allais m’arranger. Je me suis donné le droit de rêver à l’impossible. Je ne veux pas savoir quand est-ce que je vais être payé ou quand est-ce que je vais être à la retraite. Je n’ai pas besoin de me sentir en sécurité, j’ai trop de choses à accomplir.

Je me suis lancé à mon compte, car on m’a proposé plein de défis et de contrats intéressants. J’avais un profil atypique qui faisait peur aux gens. Je n’étais pas spécialisée dans un domaine en particulier, mais j’avais réalisé plein de choses. J’ai profité des occasions qui se sont présentées et cela a défini ce à quoi ma vie allait ressembler : pas linéaire, pas facile, pas payante, mais pleins de projets stimulants. Me coucher le soir en rêvant, en ayant des papillons dans le ventre et imaginer l’univers des possibles est le plus beau salaire. Ce n’est pas facile d’être entrepreneure, mais ça vaut tout l’or du monde

Vous avez décidé de démarrer Nestor Stratégie en 2013, qu’est-ce qui vous a poussé à faire le saut, à lancer votre propre entreprise ?

J’ai quitté un emploi au Ministère de la Famille, car j’avais l’impression de ne pas me réaliser à mon plein potentiel. Je suis reparti à zéro. J’ai rencontré des gens qui ont voulu soutenir mon projet. Nous étions trois au début, ensuite, j’ai décidé de fonder mon entreprise seule. J’avais besoin de cette adrénaline.

Travailler jour et nuit, ce n’est pas du travail pour moi, c’est ce qui me tient en vie.

 

J’avais trouvé une manière de créer mon emploi idéal. J’avais la liberté de choisir mes clients, de créer une machine de guerre et de faire bouger les choses.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui désire se lancer en affaire ?

Suivre son instinct ! C’est comme ça que j’ai pris les meilleures décisions. Pour porter la responsabilité de ses décisions, il faut les prendre en accord avec soi-même. Cet instinct nous parle tout le temps ! Ignorer cette voix intérieure peut nous coûter très cher.

Vous êtes mère de deux enfants et vous affirmez n’avoir pas eu à sacrifier votre carrière grâce à l’aide de votre conjoint qui a pris 50% des charges domestiques et de la garde des enfants. C’est tout à fait admirable et c’est un parfait exemple de l’évolution des rôles au sein des familles. Vous avez aussi fait le choix de ne pas avoir un long congé de maternité, pourquoi ?

Je ne ressentais pas le besoin de prendre un long congé de maternité. Je sais que je n’aurais pas aimé cela. Je me serais sentie mis à l’écart de la société, je me serais ennuyée.

Avoir des enfants ce n’est pas un projet féminin, c’est un projet d’équipe, c’est un projet familial !

 

Lorsqu’on a fait le choix d’avoir des enfants, j’ai également dû trouver une façon de continuer à m’occuper de moi, de mon travail et de mon implication sociale. On s’est toujours arrangé et on ne s’est jamais désengagé de nos responsabilités de parents.  Il faut trouver une manière de continuer afin de pouvoir être là à 100% pour ses enfants et son entreprise.

En tant qu’entrepreneure, on n’est pas obligé de sacrifier notre carrière si on veut une vie de famille.

Au contraire, être entrepreneure peut te donner la liberté de prendre soin de tes enfants.

 

Cela dépend des perspectives. Je n’ai pas de permission à demander à personne afin de partir plus tôt ou plus tard, je suis en charge de mon horaire et j’ai beaucoup de flexibilité. J’ai la liberté d’être là quand mes enfants ont besoin de moi.

Comment réussissez-vous à conjuguer votre vie professionnelle et familiale d’autant plus que vous êtes une mère célibataire ? Des trucs pour les mères entrepreneures qui nous lisent ?

Le seul truc que je pourrais leur donner c’est de faire des enfants avec la bonne personne (rires) ! Dans mon cas, la vie est plus facile maintenant en tant que mère célibataire. J’ai eu une séparation réussie, et cela a fait toute la différence. Je ne fais pas l’apologie de la monoparentalité ou de la séparation, loin de là. Mais je dois avouer que cette situation m’arrange à présent.  J’ai beaucoup moins de pression, je n’ai rien à coordonner, il n’y a plus personne qui m’attend. J’ai plus de temps de qualité pour moi et mes enfants. Mon ex-conjoint et moi avons la garde des enfants tous les deux jours. Durant les deux jours où ils sont absents, je peux me consacrer pleinement à l’entreprise et avoir plus de temps pour eux lorsqu’ils reviennent à la maison.

Pour celles qui n’ont pas cette chance, je leur dirais de s’entourer des gens qui les aiment et qui ont envie d’être là pour elles et les aider. N’hésitez pas à demander de l’aide, à solliciter votre entourage. Quand on demande de l’aide, on en trouve !

En lisant votre biographie qui est extrêmement impressionnante, une question m’est venue à l’esprit, quand est-ce que vous prenez du temps pour prendre soin de vous ?

J’ai pu enfin prendre soin de moi en me séparant. Être toujours en poste au bureau et à la maison, c’était trop de pression. J’ai réussi ma séparation, ce n’est pas un échec dans ma vie. Si tu as un emploi que tu n’aimes pas, tu as besoin de beaucoup temps et d’activités pour compenser. Lorsque tu aimes ce que tu fais, tu rencontres des gens pertinents, tu es inspirée. Je me détends à travers ma vie. Je ne me sens ni fatiguée ni en manque de temps.

Pour terminer, quel est l’héritage aimeriez-vous léguer à vos enfants ?

Avant tout, je veux qu’ils sachent qu’ils doivent bien traiter les femmes. J’aimerais qu’ils soient des battants, qu’ils veuillent défier le status quo et qu’ils aient envie de changer les choses. J’espère qu’ils vont devenir des hommes qui se soucieront de la justice et de l’équité. J’espère qu’ils ne se mettront pas de limites et de contraintes, qu’ils n’auront pas de peur. J’espère leur transmettre l’importance d’avoir une conscience sociale développée.

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