Gina Delismé

Notre agitatrice de la semaine nous parle des défis de l’entreprenariat au féminin et de la monoparentalité. Elle travaille d’arrache-pied afin de mettre en avant les femmes noires dans une industrie qui commence à se réveiller. Être femme, entrepreneure, une supermaman, montrepreneure n’est guère simple ! Son plus grand défi : réussir à trouver l’équilibre !

En 2012, Gina Délismé décide de créer Nagi Cosmétics, une gamme de produits de maquillage conçue pour répondre aux besoins de la femme noire au Québec. Ses produits sont disponibles dans 14 pharmacies Uniprix et Jean Coutu à travers le Québec et l’Ontario. Mère d’un petit garçon qui fait son bonheur, PDG de deux entreprises en pleine expansion (Nagi Cosmétics et Maël Créations), Gina Délismé fait tranquillement sa marque au Québec.

On demande à toutes nos agitatrices de nous partager une citation qui les inspire. Quelle est la vôtre et que représente-t-elle pour vous ?

Il y a une citation de Maya Angelou qui m’inspire beaucoup : « Si vous n’aimez pas quelque chose, changez-la !  Si vous ne pouvez pas la changer, changez votre attitude. »

Pour moi c’est simple, ça représente ma démarche dans tout ce que je fais que ce soit avec Nagi cosmétics ou Maël Créations (une compagnie de nœuds papillons pour enfants). Dès que je vois qu’il y a un vide sur le marché, je passe à l’action, j’essaie de le combler le plus possible.

Avant de vous lancer en affaires, pourquoi avoir choisi d’entreprendre une carrière dans les forces armées ? Et de quelle manière cela vous a préparée pour votre parcours entrepreneurial ?

J’ai toujours voulu être policière ou faire un métier lié à l’autorité (rires) ! J’aime l’uniforme, j’aime la collectivité, la prestance aussi derrière tout ça.  Puis je recherchais la stabilité ! Je voulais faire un métier où je serais amenée à servir et à aider d’autres personnes. 

Les forces m’ont beaucoup apporté. Ça m’a permis de développer ma confiance en moi. Ça m’a inculqué la persévérance ! Ça m’a donné une discipline, mais surtout une force mentale ! Même si je suis fatiguée physiquement, je sais où aller puiser l’énergie pour pouvoir continuer à avancer.

Lorsque vous avez arrêté de servir dans les forces armées, vous vous êtes lancée en affaires afin d’entamer une deuxième carrière. Pourquoi avoir choisi la femme noire comme marché cible ?

En grande partie à cause de mon vécu. En grandissant, on m’avait fait croire que je n’étais pas belle à cause de la couleur de ma peau. La femme noire est oubliée trop souvent. Je me suis donc dit que si je pouvais aider, ne serait-ce que deux ou trois femmes à se sentir belle et bien dans leur peau, ça serait déjà une victoire !

Vous avez déjà affirmé dans une entrevue que dans les communautés noires avoir une belle peau signifie avoir la peau claire. Vous avez souvent dit qu’en grandissant vous n’étiez pas considérée comme « une beauté » et que vous étiez contrainte par votre mère d’utiliser des crèmes éclaircissantes. Comment est-ce que ça vous a affecté ? Est-ce que vous souffrez encore aujourd’hui du colorisme ?

Et oui, ma mère m’achetait des crèmes éclaircissantes…

Je ne souffre plus du colorisme, mais ça me fait de la peine de voir que ça n’a pas beaucoup changé. Ça me fait mal de voir que des femmes sont encore affectées par ces critères de beauté. Plusieurs cosméticiennes qui vendent mes produits m’ont confié qu’une bonne partie de ma clientèle tient toujours à acheter des fonds de teint plus pâles que la couleur de leur peau, et ce même après qu’on leur ait fait  un « matching » afin de trouver la teinte qui leur convienne.

 

Le colorisme est encore bien présent en 2018, les femmes le vivent encore, elles cherchent encore à s’éclaircir la peau, même par le biais de leur fond de teint.

 

À quel moment avez-vous décidé de ne plus utiliser des produits éclaircissants ? Comment avez-vous appris à vous aimer et à être fière votre mélanine ?

Je ne peux pas donner une date exacte. Je n’ai pas le souvenir du jour précis où je me suis dit, en fin de compte, je suis belle. Je pense que ça s’est fait petit à petit. Probablement que je me suis toujours trouvée belle, malgré qu’on ait voulu me rentrer dans la tête que ce n’était pas le cas. J’ai commencé à ne plus utiliser de crèmes éclaircissantes au début de la vingtaine. J’ai appris que ces produits avaient des effets néfastes sur la santé. C’est tellement compliqué ! Tu comprends très vite que tu es esclave de ces produits. Tu dois en appliquer le matin, le soir, et tu n’as jamais un teint uniforme. Tu as toujours des démarcations, ça te brule la peau… Il n’y a rien de bon dans ça. J’ai été plus sensibilisée durant la vingtaine. Je n’ai jamais eu cette conversation avec ma mère, j’ai tout simplement décidé par moi-même d’arrêter d’utiliser ces produits.

En démarrant ma compagnie, j’avais ce souci de vouloir aider mon entourage et les femmes de couleur à s’apprécier comme elles sont. Lors de mes cours de maquillage, j’éduque les femmes aux effets néfastes des crèmes éclaircissantes. Je leur apprends à trouver la couleur du fond de teint qui leur convient, à oser porter des rouges à lèvres plus éclatants, parce que la femme noire a été aussi stigmatisée par rapport à cela.

Plusieurs femmes pensent qu’elles doivent porter des rouges à lèvres neutres qui ne paraissent pas. Elles s’imaginent qu’une femme à la peau plus foncée ne peut pas porter des couleurs comme le rouge. Je fais de la rééducation à travers mes cours de maquillage également.

Quelle est votre définition de la beauté ? Pour vous, c’est quoi une belle femme ?

C’est une femme qui s’accepte comme elle est, qui s’assume, qui n’altère pas son physique et qui conjugue avec ce qu’elle a. C’est une femme qui décide de ne pas se conformer à la définition que se font les autres de la beauté.

Comment contribuez-vous à briser les stéréotypes liés aux femmes noires dans la publicité ?

Je m’assure toujours que mes visuels représentent la femme noire dans toute sa splendeur. J’hésite toujours à prendre une femme noire typique que les autres compagnies prennent comme mannequin ou mettent de l’avant. Beaucoup de compagnies vont prendre une femme noire métissée, qui a le nez plus fin, qui est très pale.

 

Je tiens à présenter une diversité de femmes noires. Je pense toujours à aller chercher LA femme noire qu’on aurait jamais choisie afin de la mettre en avant-plan.

 

Une fois que vous avez eu l’idée de créer Nagi cosmétics, comment avez-vous réussi à rassembler votre mise de fonds ?

J’ai commencé petit à petit, une étape à la fois. J’ai dû trouver un second emploi pour pouvoir subvenir aux besoins de la compagnie. Tout cet argent allait dans la compagnie, que ce soit pour la création du logo, ma première commande initiale. Je n’ai jamais eu une grosse mise de fonds à ma disponibilité.

Est-ce que ça a été facile de trouver un distributeur ?

Au début, dans mon plan d’affaires, je voulais développer des succursales Nagi, un magasin à la fois et grandir. En 2016, j’ai décidé de changer de direction ! C’est pour cela que ça m’a pris plus de temps avant que mes produits soient distribués dans des pharmacies. Ce n’était pas le plan de match de départ. J’ai réalisé dès la mise en place de ma première boutique que les femmes qui étaient à proximité venaient, mais les femmes qui habitaient plus loin se décourageaient à cause du déplacement. J’ai décidé d’aller en pharmacie pour rendre mes produits plus accessibles à un maximum de femmes.

Il faut oser aller frapper aux portes, parce que tu sais jamais qui pourrait être intéressé par tes produits. J’ai osé aller voir des propriétaires de pharmacies et je leur ai proposé mes produits. Dès fois, on pense que ce n’est pas faisable ou pas accessible, mais le pire qui puisse arriver c’est qu’on te dise non. Tu dois continuer jusqu’à ce que t’en trouves un qui te dit oui et souvent dès qu’une porte s’ouvre, le reste suit.

Quelles étaient leurs réactions lorsque vous présentiez vos produits ? Est-ce qu’ils ont compris le besoin, voire même l’importance, d’avoir des produits destinés à une clientèle noire dans les pharmacies du Québec ?

C’est partagé, c’est 50/50 !  Certains propriétaires étaient enchantés et excités à l’idée, et tu en avais d’autres qui me disaient que cette clientèle-là ne dépense pas, qu’elle n’a pas le budget, qu’elle a de la difficulté à investir ou à dépenser pour du maquillage de qualité.  Certains me disaient implicitement que ça ne les intéressait pas de servir cette clientèle-là.

 

Je me suis même fait dire par certains pharmaciens : « Qu’elles aillent voir au MAC ou au Sephora, on n’a pas cette clientèle-là nous ! » Et ces propriétaires de pharmacies sont situés dans des quartiers comme Rivière-des-Prairies, dans des quartiers où il y en a des Noirs !

 

Stratégiquement, on veut s’installer dans des quartiers où se trouve notre clientèle cible. Reste qu’il y a des pharmaciens qui ne veulent pas servir cette clientèle-là. Je dis souvent aux pharmaciens qu’il y a des femmes de couleur un peu partout au Québec, mais qu’elles ont été conditionnées à ne pas aller en pharmacie, car elles savent très bien qu’elles ne trouveront pas leurs teintes. Quand la sensibilisation et la promotion se fera, elles vont commencer à venir et elles vont dépenser ! Pourquoi se déplaceraient-elles quand elles savent pertinemment qu’il n’y aura pas leur couleur de fond teint en pharmacie ?

Depuis le succès de Fenty Beauty, la marque de cosmétiques de Rihanna, beaucoup de compagnies ont décidé d’élargir leur collection et d’offrir plus de nuances aux femmes noires. Est-ce que vous pensez qu’elles veulent réellement faire preuve de plus d’inclusion et qu’on assiste à un réel changement des mentalités ou c’est juste du marketing ?

C’est juste du marketing ! Elles ont toujours su qu’il y avait un marché, elles l’ont ignoré pendant longtemps. Si elles peuvent maintenant faire quelques dollars de plus pourquoi pas ! Elles sont déjà établies. C’est pour les plus petites compagnies qui travaillent d’arrache-pied que ça va faire mal !

Il en revient aux communautés noires, à cette clientèle spécifique, de faire le choix de rester fidèle à une compagnie ou à une femme qui a littéralement bâti sa compagnie en pensant à elles plutôt que d’offrir leur argent à des compagnies qui les ont toujours ignorées, qui ont décidé de penser à elles parce que c’est dans l’ère du temps !

 

Qu’est-ce qui différencie votre compagnie de la concurrence ? Comment faîtes-vous pour tirer votre épingle du jeu ?

On est proche de notre clientèle, on a un lien personnel avec elle et on essaie de lui offrir un service personnalisé. Les médias sociaux ou des évènements comme le Salon de la femme noire me permettent de rester disponible pour mes clientes. Certaines m’écrivent, car elles veulent essayer mes produits en pharmacie ou veulent me rencontrer pour que je les conseille et je fais le déplacement, c qu’un (e) PDG d’une grande compagnie ne ferait peut-être jamais.

Est-ce que c’est difficile de créer une entreprise lorsqu’on est noire au Québec ? Pensez-vous que vous n’auriez pas eu à faire face à certaines difficultés si ce n’était pas le cas ?

Quand je me suis lancée en affaires, je ne suis pas rentrée dans l’industrie en ayant à l’esprit que j’étais une femme noire.  Je suis entrée en affaires en me considérant comme une entrepreneure point, pas comme une femme ni comme une noire !

Par contre, à travers, ton parcours tu remarques tranquillement certaines attitudes des gens que tu côtoies. Tu réalises très vite que tu es Noire, on te le fait sentir.

Par exemple, quand je rencontre le propriétaire d’une pharmacie pour vendre mes produits et qu’il me dit que cette clientèle-là ne dépense pas de l’argent, il parle des Noirs, il parle de moi ! Il y a des situations qui vont forcément t’arriver et tu vas réaliser que ça rentre en ligne de compte. Pour qu’ils te prennent au sérieux, tu dois être sur la coche comme on dit. Tu n’as pas le droit à l’erreur.

Est-ce que vous sentez que vous avez le soutien des communautés noires au Québec ?

Si tu es encore à tes débuts, oublie ça ! Il faut que tu fasses tes preuves. Au fur et à mesure que tu fais tes preuves, le support sera là, ils vont t’encourager.  Et même après avoir fait ses preuves, il faut être constant. On ne parle pas d’un produit qui guérit le cancer là, c’est du maquillage, elles peuvent vite passer à autre chose.

J’essaie toujours de leur montrer que je ne pense pas qu’à leur argent, mais au bien des communautés noires avant tout. Ma mission est plus grande ! Mes produits sont faits pour elles, ont été pensés pour elles. Nous sommes à l’écoute des communautés noires et nous voulons créer des produits qui conviennent à leurs besoins réels. Nous voulons également bien représenter la femme de couleur.

Vous avez créé votre entreprise en 2012. Est-ce que vous êtes capable de vivre des revenus de votre entreprise après 7 ans d’existence ?

Ça dépend !  Si je veux vivre la grande vie, non ! Je réinvestis toujours dans mes entreprises dans le but de passer à la prochaine étape, de grandir. Je ne suis pas encore rendue à l’étape de pouvoir vivre seulement des revenus de mes entreprises.

Est-ce que vous avez déjà eu envie de mettre la clef sous la porte ? Si oui, qu’est-ce qui vous motive à continuer ?

Oui ça m’est arrivée comme plusieurs entrepreneurs, mais je ne suis pas motivée que par le désir de vendre des produits et de faire de l’argent. Mon travail c’est bien plus que ça !

 

Il me permet de montrer à la femme noire qu’elle est importante, qu’elle a de la valeur, qu’elle mérite d’être servie n’importe où et qu’elle est assez belle pour être sur une affiche et sur nos écrans de télé.

 

Je veux montrer à toutes les femmes de couleur, malgré les difficultés, qu’elles sont capables d’y arriver. Elles ne sont pas qu’un marché ou un public cible pour moi.

Vous êtes une cheffe d’entreprises, en plus d’être une mère monoparentale.  Comment arrivez-vous à concilier les deux ?

Moi-même, je me le demande aussi (rires) ! C’est beaucoup de sacrifices ! Je peux passer trois jours sans voir mon fils. J’ai des gens de confiance qui m’aident. Dès fois, je dois aller à l’extérieur de Montréal pour la compagnie. Je dois me lever la nuit pour travailler parce que 24h dans une journée, ce n’est pas assez ! Je commence à m’instaurer une routine, parce qu’avant je n’avais pas d’heures pour travailler. Dernièrement, j’ai décidé de prendre le temps.  D’arrêter de travailler en m’occupant de mon fils en même temps. J’étais tellement fière avant de dire que je pouvais « multitask », je me rends compte maintenant que ça peut avoir un impact négatif sur lui, s’il sent qu’il n’a pas toute mon attention. Lorsque je lui donne son bain maintenant, je ne réponds plus au téléphone. Quand c’est son temps à lui, c’est son temps, même si c’est pas beaucoup.

La voie de l’entrepreneuriat est parsemée d’embûches, est-ce que vous vous sentez coupable d’avoir choisi une voie aussi précaire ?

Je ne me sens pas coupable. J’ai démarré mon entreprise avant d’avoir mon enfant, mais ça m’arrive de me dire que si je n’avais pas d’enfant, je pourrais avancer plus rapidement.  Mais il me donne une balance dans la vie. Si je n’avais pas d’enfant, ça aurait été travail 24h sur 24… pas le temps de souper, de dormir. Travailler est un réel plaisir pour moi !

Comment arrivez-vous à prendre du temps pour vous ?

Le fameux Me time ? En général c’est relié à la compagnie. Je vais à des événements de réseautage, je vais à la rencontre d’autres femmes.

Récemment, je suis allée au spa, mais je dois avouer que je n’arrivais pas à mettre mon cerveau à off. Dès fois, j’aimerais ça être une personne normale. À la minute que j’ai du temps libre, il faut que je me trouve quelque chose à faire. Juste faire un 9 à 5, ça ne me suffirait pas. J’ai besoin d’être toujours en action.

Quels conseils donneriez-vous à une mère monoparentale désirant se lancer en affaires ?

D’être prêt à payer le prix et il peut être lourd. Être loin de son enfant c’est plate, mais c’est parfois le prix à payer. 

 

Il faut que tu gardes à l’esprit que ton but c’est de faire en sorte que ton entreprise prenne son envol de manière à ce que tu puisses accorder plus de temps à tes enfants ensuite. Avant que ça arrive faut être prêt à payer le prix.

 

Il faut donc s’entourer de personnes qui ont les mêmes valeurs que toi, et qui sont capables de t’aider lorsque tu as besoin de soutien.

Est-ce que vous êtes prêtes ou aimeriez-vous éventuellement rencontrer quelqu’un ? Avec un horaire aussi chargé ça ne doit pas être facile ?

Hey boy ! Question piège (rires) ! Je ne sais pas comment dire ça sans déranger personne. C’est un des aspects que je trouve dommage comme entrepreneure, et ce n’est pas seulement moi qui le dit ! Souvent les hommes se sentent intimidés par ce que tu fais, par qui tu es, ils te prennent pour un big deal ! Tu travailles fort, tu accompli des choses formidables, mais ça ne change pas que tu as besoin de quelqu’un dans ta vie.

 

Beaucoup d’hommes veulent être en position de pouvoir et sont intimidés quand ils ont l’impression que tu es plus établiE qu’eux. Ils ont peur des femmes accomplies qui ont l’air d’être épanouies. Je dis qui « ont l’air », pas que je ne le suis pas, mais j’aimerais bien avoir quelqu’un afin de l’être plus dans ce processus là !

 

Comment voyez-vous votre avenir ? Vous vous voyez où dans 10 ans ?

Je veux que ma compagnie soit établie au Québec. Je veux qu’elle soit LA RÉFÉRENCE pour la femme de couleur et pas juste au niveau des fonds de teint. Je veux que dès qu’on prononce le nom Nagi, on pense à une compagnie dévouée à la femme de couleur, à sa représentation et qui offre des cours, des services et une gamme de cosmétiques.

Et personnellement ?

Oh Claire-Anse, je vais devoir aller me cacher après l’entrevue (rires) ? Wap metem deyo !! ( Comprendra qui pourra !) Hey boy ! Je sais pas si j’ai le contrôle là-dessus, mais j’aimerais bien être mariée et avoir un autre enfant.

Elle a réussi à se libérer de ses complexes et des préjugées intériorisés plus jeune. Sa mission à présent : redonner confiance aux femmes noires !
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