L’alimentation intuitive, avec Julia Lévy-Ndejuru

J’ai rencontré Julia Lévy-Ndejuru par l’entremise de l’organisme The Woman Power, plateforme montréalaise mettant de l’avant les enjeux que vivent les personnes s’identifiant au genre féminin.

L’humaine et la professionnelle cohabitent en elle avec douceur lorsqu’on va à sa rencontre. Après avoir assisté à sa discussion sur l’alimentation intuitive, je n’ai eu que d’autre choix que de l’inviter à nous présenter son travail. Rencontre avec une jeune femme passionnée et compétente.

Julia, peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours? Comment es-tu devenue nutritionniste?

J’ai débuté mon parcours professionnel en faisant un bac en psychologie. Suite à ce premier bac, j’ai pris une année sabbatique et ce fut une période d’adaptation difficile, car j’ai aussi déménagé en France. Cette transition a amené des épisodes difficiles au niveau de la nourriture. Mon esprit était envahi par des pensées au niveau de la perte de poids. Un jour, ma mère m’a visité et m’a dit que je devrais peut-être songer à aller en nutrition, puisque je parlais sans cesse de nourriture.

À mes débuts, je craignais que mon poids enlève de la crédibilité à ma profession, je croyais, à tort, qu’il fallait être mince pour devenir nutritionniste. Cela a culminé en un trouble alimentaire. Cet épisode difficile fait bel et bien partie de mon histoire.

Tu as beaucoup cheminé depuis et tu alignes maintenant ta pratique professionnelle avec l’approche de l’alimentation intuitive. Peux-tu nous en glisser quelques mots?

C’est une approche déclinée en 10 principes, qui remonte aux années 80 et 90, en réponse au fait que tellement de clientes faisaient des régimes, sans succès. L’alimentation intuitive, c’est l’approche nutritionnelle alternative à l’approche restrictionnelle. C’est pour celles et ceux qui ne veulent pas aller vers la restriction et qui souhaitent améliorer leur relation avec leur corps. C’est pour les personnes qui souhaitent manger pour prendre soin de leur corps, se sentir satisfaites, prendre soin d’elles et savourer le plaisir de manger. Mais pour faire ça, il faut se défaire de toutes les fausses croyances. Il y a donc tout un travail de déconditionnement et on travaille beaucoup sur le plaisir. Éventuellement, lorsqu’on aura atteint un équilibre, on peut miser sur le fait d’augmenter la prise de certains aliments pour que le ou la cliente se sente mieux, mais cette approche n’est absolument pas centrée sur le poids.

Voici 5 des principes que nous enseigne l’alimentation intuitive:

  1. Comprendre que les régimes et la restriction alimentaire ne fonctionnent pas..
  2. Apprendre à choisir des aliments en mettant de côté les calories, le jugement.
  3. Apprendre à écouter notre corps et nos signaux de faim.
  4. Soigner notre discours intérieur et être à l’écoute de ce qui se passe quand on mange. Pratiquer l’autocompassion lorsque vient le temps de manger.
  5. S’alimenter en pleine conscience: porter attention au goût des aliments, de notre environnement et profiter de chaque moment.

Par la suite, si les gens ont des problèmes de santé, tels que le diabète ou des taux de cholestérol élevé, nous pouvons travailler ces enjeux, mais nous devons travailler la relation avec la nourriture pour débuter.

Peux-tu nous éclairer sur certains mythes que l’on entretient collectivement sur l’alimentation?

Un des mythes principaux est que le poids est quelque chose qu’on peut contrôler. On se tape sur la tête, on culpabilise et on désespère lorsque les méthodes de perte de poids se montrent inefficaces à long terme, alors que 90 à 95% des gens qui participent à des études standardisées de perte de poids le regagnent en trois à cinq ans. On parle ici de gens qui ont eu un suivi médical serré, ainsi qu’un accompagnement par des nutritionnistes et des entraîneurs professionnels.

Un autre mythe est celui qu’il y a des bons ou de mauvais aliments. Un aliment ne va ni nous tuer ni nous sauver, et tout aliment est à prendre en un contexte. Une personne ayant peu de moyens, par exemple, fera un meilleur choix en privilégiant un aliment plus rassasiant pour réussir à faire sa journée

Lors de la discussion à laquelle j’ai assistée, tu parlais de grossophobie et de diet culture. Comment ces deux aspects contribuent à notre relation malsaine avec la nourriture et nos corps?

 

Les termes tels que plaisir coupable, cheat day apportent une connotation transgressive à la nourriture et sont vraiment insidieux. Ces expressions sont porteuses du message que nous devrions nous sentir coupable de profiter d’un repas copieux.

 

De plus, les commentaires sur le poids, que l’intention soit positive ou négative, mettent l’accent sur l’apparence et la personne se sent scrutée, étudiée. En général, parler du poids des gens renforce notre culture centrée sur la minceur.

Ce qui m’amène à parler de grossophobie. Des études solides et sérieuses, basées sur des données probantes, rapportent que peu importe le poids des gens, il est possible d’améliorer sa santé. La discrimination basée sur le poids a des impacts réels sur la santé, car beaucoup de problèmes de santé sont attribués uniquement au poids, et on néglige d’investiguer les autres facteurs contribuant à la santé globale. Et ça, c’est néfaste et dangereux.

Pour terminer, quels sont tes projets pour le futur?

Je vais faire ma maîtrise à l’Université Laval, sur le thème de l’alimentation intuitive. Je veux participer à l’effort d’ajouter des données probantes à cette approche, car bien qu’elle soit très bien documentée en anglais, il y a toujours peu de données en français disponibles. Je vais également continuer d’alimenter mon blogue, de faire de la pratique privée et de nourrir au jour le jour cette belle approche inclusive qu’est l’alimentation intuitive.

Pour suivre Julia et ses projets, rendez-vous au www.nutritionpositive.ca

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