L’amour révolutionnaire : aller au-delà du romantisme pour changer la réalité de la haine

J’ai envie de vous parler d’amour révolutionnaire, d’un amour qui, contrairement à l’amour « romantique », patriarcal et commercial que l’on nous vend, serait la base d’une véritable solidarité, et, n’ayons pas peur des mots, de révolutions à petite et grande échelle.

L’un des apports fondamentaux du mouvement féministe a été la critique de la forme hétéronormative et patriarcale de l’amour dit « romantique ». Hétéronormative? Patriarcale ? N’est-ce pas un peu exagéré ? Car, après tout, les femmes comme les hommes aspirent sans doute à aimer et être aimé. Ne sommes-nous pas tous et toutes égaux et égales dans ces désirs et aspirations ?

Tout simplement, les féministes ont critiqué une vision de l’amour marquée par ce que l’on appelle des « codes sociaux ». Le premier code social, associé au concept d’hétéronormativité, c’est cette idée fortement ancrée encore aujourd’hui, que le « vrai » amour, que le plus « bel » amour, que l’amour « normal », c’est entre un homme et une femme. À la télévision, dans les films, les romans, c’est encore cette idée qui est représentée, encore et encore. L’histoire d’amour la plus « romantique », c’est encore Roméo et Juliette, et non pas Roméo et Grégoire, ou Luisa et Juliette. Malgré –il faut le dire- la présence de plus en plus importante dans la sphère public d’histoires d’amour qui sortent de ce schéma hétérosexuel – l’amour continue d’être associée à des grands récits romantiques et à la sexualité entre un homme et une femme.

Qui plus est, ce romantisme, nécessairement associé aux relations entre les femmes et les hommes, est d’autant plus marqué par des relations de pouvoir, ce que j’ai ici appelé le patriarcat. Pour beaucoup, le « partriarcat » est associé à un féminisme radical et dépassé. Cependant, il demeure pertinent pour désigner le « pouvoir des hommes » dans notre société, qu’il s’agisse de nos relations professionnelles, familiales ou intimes. Au nom de « l’amour », de nombreux comportements des hommes ont été tolérés, voire encouragés dans les relations intimes.

Je pense notamment à la « galanterie », qui sous le couvert d’une quelconque « politesse » ou apparente « servitude » des hommes envers les femmes, reflète plutôt l’idée qu’elles sont faibles, impuissantes, et incapables d’ouvrir des portes, de tuer des araignées ou de traverser la rue par elles-mêmes. Un exemple plus intense : la violence conjugale et sexuelle au sein d’un couple est trop souvent comprise comme la conséquence d’un amour débordant, d’un trop plein de passion, de pulsions sexuelles plus fortes que soi… Pourtant, les statistiques, ainsi qu’une multitude d’études sur la question montrent bien que ce sont –à majorité écrasante- les hommes qui perpétuent ces violences dans leur couple (qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel d’ailleurs) et leur famille. Le fait est que les relations abusives et la violence sont des moyens de prise de contrôle sur l’autre, et non pas le fait d’un quelconque amour… d’où mon utilisation du terme patriarcat.

Mon intention ici n’est pas de dire que l’amour romantique ne peut exister entre deux personnes, ou encore qu’une personne ne peut se montrer galante dans le simple but de faire plaisir à l’autre. Ce que je dis plutôt, c’est que notre conception de l’amour est trop étroite, et qu’elle est même, malheureusement, trop souvent associée à des comportements qui ne relèvent pas, ultimement, de l’amour, mais de relations de pouvoir.

Tout espoir n’est pas pour autant perdu. L’amour, l’affection et la compassion sont des émotions puissantes. Elles gagneraient en ce sens à être utilisés à bon escient. Elles gagneraient en outre à être présentes non pas seulement dans nos relations de couple et familiales, mais aussi dans notre rapport aux autres.

Comment peut-on plutôt utiliser la puissance de l’amour pour changer le monde, sans tomber dans un discours mielleux et apolitique?

Valarie Kaur (1), dans une réflexion sur l’amour révolutionnaire en temps de haine, nous propose de suivre ces trois leçons :

  1. Aimer les autres : apprendre sur les histoires des autres pour surpasser l’idée qu’ils et elles nous sont étrangers-ères.
  1. Aimer ses opposants : comprendre que participer à l’oppression, ça nous coupe de toute possibilité d’aimer.
  1. S’aimer soi-même : au lieu de tourner la haine contre nous-même, il faut voir ce qui est beau, ce qui est fort en nous-même.

L’amour révolutionnaire, ce n’est pas un de ces éléments, mais tous. C’est le pouvoir de transformer, de résister à la haine qui nous divise, nous brutalise, et nous laisse parfois sans espoir.

1. Idées qu’elle a présentée lors d’une conférence TED©, TedWoman 2017, sous le titre de « 3 Lessons of Revolutionnary Love in a Time of Rage », à consulter ici : https://www.ted.com/talks/valarie_kaur_3_lessons_of_revolutionary_love_in_a_time_of_rage#t-1320134 .
Valarie Kaur: 3 lessons of revolutionary love in a time of rage - Ted Talk
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