Les monologues du voile : Des québécoises se racontent 

Étant donné qu’elle a vécu la monté de l’intégrisme des années quatre-vingt-dix dans certains pays maghrébins, Kenza Bennis savait que ce contexte historique influençait pour beaucoup sa perception du voile. Lorsqu’elle est arrivée au Québec en 1998, elle était heureuse que le voile et l’Islam ne soient plus des choses auxquelles elle devait se préoccuper. Puis il y a eu le 11 septembre 2001, les accommodements raisonnables, les questions sur le terrorisme et sur l’Islam. Ce qui l’a emmenée à se questionner sur sa propre perception du voile.

Je me promène souvent dans les librairies sans but précis. Être autour de livres me réconforte beaucoup et j’aime me promener en me demandant si je vais ressortir avec un livre ou non. Cette fois-ci, j’étais au Renaud-Bray ne cherchant rien en particulier quand ce livre a attiré mon attention : « Les monologues du voile : Des québécoises se racontent ». Je me suis emparée du livre et me suis mise à lire la quatrième de couverture. J’ai ensuite vérifié le prix. Voilà, j’avais trouvé un gagnant. Un coup de cœur Renaud-Bray en plus.

Kenza Bennis a écrit 21 monologues inspirés de ce que 83 Québécoises lui ont partagé en interview; certaines étaient des musulmanes voilées, d’autres des musulmanes non-voilées et d’autres étaient des Québécoises qui n’étaient pas du tout musulmane. Le livre est aussi parsemé de faits historiques, socio-économiques et politiques sur le port du voile dans l’Islam et aussi sur le port du voile au Québec

J’avais la ferme intention d’en apprendre plus sur le port du voile. Mon but n’était pas de comprendre pourquoi certaines musulmanes portent le voile, mais plutôt pour connaître leur perception et comprendre leur expérience. J’ai souvent l’impression qu’on entend l’opinion de tout le monde lorsqu’il est question du port du voile….sauf l’opinion de celles qui le portent. Et lorsqu’on entend l’opinion d’une femme voilée, ça devient problématique parce que justement on entend la voix d’une seule femme voilée. Ce n’est pas assez !

« La » Femme voiléE n’existe pas, sinon dans l’imaginaire collectif, parce qu’il n’y a pas une mais bien « des » femmes voilées.

 

Cette citation est probablement la plus importante de tout le livre et celle qui m’a le plus marquée. On a tendance à voir les femmes voilées comme un groupe homogène et non comme des individus à part entière. Et lorsque je dis « on » j’inclus ma propre personne. J’ai longtemps perçu les femmes voilées d’une certaine manière avant que j’en rencontre personnellement. À vingt ans, la première fois que je me suis liée d’amitié avec une fille voilée, ce fut grâce à notre amour commun pour la musique R&B. Chaque jour, elle me faisait découvrir une nouvelle chanson, et j’étais toujours agréablement surprise. Je ne pensais pas possible d’entretenir une amitié avec une fille voilée et sûrement pas en raison de nos goûts musicaux. Mais pourquoi pas? Le fait que je sois surprise que je puise partager des intérêts communs avec elle, démontre que je les voyais comme une sorte de collectif. Cela peut sembler inoffensif, mais associer une personne constamment à un groupe de personnes, lui nier son individualité, est une forme de déshumanisation.

Kenza Bennis a réussi avec cet ouvrage à donner une voix a des femmes à qui on ne donne que très rarement le droit de parole, en dépit du fait que le débat concernant le voile les concerne directement. Le livre ne montre pas seulement la perspective de femmes musulmanes voilées, mais également celles de musulmanes non voilées et celles de québécoises qui ne sont pas musulmanes. Comme l’a dit l’auteure féministe Chimamanda Ngozie :

« Il n’y a rien de plus dangereux que la reconnaissance d’une seule histoire »

 

Je ne savais pas si j’étais confortable avec l’idée que des personnes qui ne portent pas le voile puissent donner leur point de vue sur le voile. Mais plus j’avançais dans le livre, plus je réalisais que la pluralité des messages, leurs diversités, faisaient en sorte qu’il y avait une compréhension plus approfondie des enjeux entourant le port du voile au Québec. Le livre reflète extrêmement bien la complexité du débat. Je n’approuve pas toutes les opinions partagées dans le livre à travers les différents monologues et je dois avouer ne pas être satisfaite de la façon dont l’auteure a conclu la discussion. Mais dès le début, Kenza Bennis a fait comprendre que le but de cet ouvrage n’était pas qu’on se mette tous d’accord dans l’espoir qu’on puisse vivre ensemble mieux, mais elle voulait commencer un dialogue pour ultimement nous faire comprendre qu’on n’avait pas besoin d’être d’accord pour pouvoir vivre ensemble.

Je recommande fortement ce livre à tous nos lectrices/lecteurs. Il est inspirant et pousse au questionnement. Les monologues sont tous intéressants sans exception et nous font passer par toutes sortes d’émotions

Appréciation

8.7/10

Les monologues du voile de Kenza Bennis
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