L’incubateur de la monoparentalité

Si la maternité est une aventure convoitée par certaines femmes, reste qu’elle se traduit souvent par des pressions sociales vécues par toutes les femmes, et ce avec ou sans enfant(s). Mais, qu’advient-il lorsque cette maternité finit par rimer avec monoparentalité ? Élevée par une mère Noire monoparentale, cet article traite de comment la monoparentalité assumée de ma mère a été l’incubateur de mon amour propre.

À l’aube de mes 34 ans, je suis fière à la fois des victoires et des échecs que représente mon parcours. Dans toutes ses imperfections, j’aime ma vie, mes choix et la femme que je suis devenue. Or, depuis quelques années, je remarque l’anxiété exacerbée de mes proches (et total inconnus) face à mon statut de femme africaine célibataire, sans enfant. Des gens qui, apparemment, seraient très enthousiastes à l’idée que je fasse « bon usage » de mes ovaires, as soon as possible.

Ignorons ces gens un petit moment et revenons-en à ma fabuleuse trentaine.

Cette trentaine que je déguste avec joie sous-entend toutefois une vague de divorces et séparations pour plusieurs couples autour de moi. En effet, je remarque que les mises en union au courant de la belle vingtaine ont difficilement survécu l’épreuve du temps. L’amour au sens romantique (particulièrement hétérosexuel) semble très fragile, même à bout de souffle. Ainsi, même si certaines femmes choisissent consciemment d’élever un (ou des) enfant seule, reste que le résultat de ses ruptures donne fruit à une monoparentalité soutenue, à bout de bras, par une majorité d’entre-elles. Des femmes qui n’avaient aucunement planifié d’affronter seule la complexité de la conciliation travail-famille.

À ce stade, je sais ce que vous vous dites : Idil, tu n’as jamais eu d’enfant. Tu n’es pas du tout crédible pour parler de la monoparentalité. Va te coucher, Idil.

I beg to differ. I beg to differ.

J’en viens à l’essentiel.

Une monoparentalité révolutionnaire

Alors que les femmes monoparentales qui m’entourent s’inquiètent au sujet de la possible insuffisance de leurs efforts et de la qualité de l’accompagnement quotidien qu’elles offrent à leurs précieux enfants, je les observe et les soutiens avec profonde admiration. Or, je constate aussi que ces dernières oublient trop souvent que leur souffle à lui seul est un fait révolutionnaire. Lorsque j’écoute ces mères fréquemment exprimer leurs appréhensions face à l’avenir de leur famille, mes souvenirs de petite fille font immédiatement surface. Cette fascination que j’avais pour ma mère qui, avec très peu de soutien, jonglait ses études universitaires, sa carrière, sa famille, ses besoins de femme et autres urgences, tout en s’assurant que mes frères et moi avions mangé, me revient toujours avec émotion.

 

Marquée à vie par un foyer dans lequel il n’y a avait qu’une chef de famille, j’en viens toujours à vouloir exprimer aux mamans monoparentales que je croise ce que concrètement m’a appris l’expérience de la monoparentalité.

 

4 grandes leçons tirées de la monoparentalité

La monoparentalité est un exercice de style physique et mental qui forge celle qui la vit et forme les enfants qui en sont témoin. Voici donc les quatre grandes leçons retenues alors que j’étais assise, petite et attentive, dans la loge VIP de la monoparentalité vécue par ma mère.

  • L’indifférence fait la différence

Les jugements des autres tendent parfois à influencer et insécuriser nos décisions ou même notre quotidien. La monoparentalité s’assume par moment difficilement. Pour son propre bien-être, mettre de côté l’avis des autres est la meilleure chose à faire.

  • La culpabilité paralyse

La maternité, comme tout défi à relever, n’exige pas de la perfection. Sans vivre dans la culpabilité constante, la reconnaissance des erreurs commises aux enfants est indispensable afin de continuer à avancer sainement.

  • La résilience à ses limites

L’expression « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » n’est pas toujours vraie. Savoir demander de l’aide adaptée est parfois l’avenue à prioriser. Bien sûr, toute aide n’est pas bonne à prendre. Mais, accepter le soutien de personnes disposées à tempérer des moments plus tendus de notre vie est primordial.

  • La prière ne règle pas tout

La prière renforce, même la science ne peut le démentir. Or, la prière est aussi un carburant pour l’action orientée. Ainsi, une fois notre réservoir spirituel rempli, la question à se poser est la suivante : quelle action vais-je poser pour changer ce qui me déplaît de ma situation ?

Enfin, une fois ces leçons apprises, à défaut d’avoir un « petit mari » et de mettre au monde un enfant (ou pas), ce sont ces apprentissages qui me permettent aujourd’hui de me savoir complète en tant que femme célibataire que certains cherchent à stigmatiser. Enracinée dans un amour propre qui est le moteur principal de tous mes projets personnels et professionnels, la monoparentalité assumée de ma mère a permis la naissance d’une femme.

Ainsi, à toutes les mères monoparentales de ce monde, vous êtes à jamais surqualifiées face à vos responsabilités familiales. Sachez-le, soyez-en convaincues.

En vous remerciant d’avance pour votre dévouement et votre amour.

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