Mes accouchements : 4 césariennes

Comment faire le deuil d'un accouchement physiologique. Ariane Métellus nous raconte son histoire.

Comment allais-je vivre ces expériences de grossesse et d’accouchements en tant que jeune femme noire de 21 ans, vivant dans une précarité financière, dans une relation de couple instable et qui n’avait pas encore terminé ses études collégiales? Comment allais-je naviguer dans ce système de santé?

 

Autant de césariennes, est-ce possible? Et oui…

Pour mon premier accouchement, je souhaitais un accouchement physiologique et naturel. Après plusieurs heures de travail et après m’être fait offrir la péridurale à plusieurs reprises, j’ai finalement accepté en me disant que la douleur cesserait sous peu… eh ben non, après environ 1h, il a fallu me refaire la péridurale parce que la première avait mal été placée. Puis après quelques heures, parce qu’il y avait arrêt de progression et parce qu’il commençait à y avoir détresse fœtale, il fallait une césarienne d’urgence. Une fois dans la salle d’opération, pour une raison x, la péri ne faisait pas assez effet et l’équipe médicale a débuté l’opération sans re-vérifier. J’ai hurlé de douleur, ils ont demandé à mon conjoint de quitter la salle et m’ont placée sous anesthésie générale. Amaël est né. Je n’ai pas entendu ses premiers cris, je ne l’ai pas vu, n’ai pas fait de peau à peau. J’étais tellement déçue. Je m’en voulais de ne pas avoir été capable d’accoucher par voie basse.

 

Pour Aëla, mon médecin m’a « permis » de tenter un accouchement vaginal après césarienne (AVAC). Pas de chance, j’avais dépassé la date prévue d’accouchement et mon médecin m’a donné le « choix » entre une césarienne planifiée le jeudi ou le vendredi suivant. Pas d’alternatives, pas d’autres choix. Je lui en voulais de ne pas avoir tout fait pour m’aider à me préparer à un AVAC et/ou m’avoir référé aux bonnes ressources. Il m’avait aussi mentionné que ça arrivait beaucoup chez les femmes noires parce qu’apparemment, on avait un bassin trop étroit. J’ai essayé de trouver de l’information à ce sujet et n’ai rien trouvé au Québec. Cette affirmation est toujours restée dans ma tête comme piste à explorer et à comprendre.

 

Lorsque je suis tombée enceinte de Shiloh-Anne, j’étais un peu mieux informée. J’étais déterminée à compléter mon AVAC, mais mon médecin m’a dit: « Not with my blessing honey ». J’ai insisté; on a fait un compromis. Les résultats des tests qu’il m’a fait passer (échographie pour le poids du bébé et pour mesurer l’épaisseur de la cicatrice interne) n’étaient pas satisfaisants selon lui et son équipe, alors on se dirigeait pour une autre césarienne. J’étais en colère, triste et épuisée. Ce que les gens me disaient, c’était que puisque les médecins le disent, ça doit être la meilleure solution pour toi. J’en voulais à mon conjoint, à ma famille, à mon entourage de ne pas comprendre pourquoi il était si important pour moi d’accoucher de façon physiologique et naturelle. Même si de façon rationnelle je savais qu’ils ne pouvaient pas nécessairement comprendre.

 

Quand la déception croise le chemin de l’« empowerment »

Quand Misaël est venu s’installer en moi, j’ai pleuré. Je ne voulais pas subir une quatrième césarienne, je n’accoucherais pas… Ouais… ok… J’avais suivi ma formation pour devenir accompagnante à la naissance, jai changé de médecin et j’en ai trouvé une autre qui était beaucoup plus à l’écoute de mes besoins et de mes désirs tout en ayant quand même des réserves. J’ai cherché d’autres avis médicaux, j’ai fait appel aux services d’une accompagnante, je me suis informée, j’ai prié. J’étais blindée! Mais au jour J, la césarienne nous attendait quand même. J’en voulais au système de ne pas soutenir et accompagner les personnes qui désirent un AVAC même après 3 césariennes. Je m’en voulais de ne pas m’être battue un peu plus en voyant qu’il y avait une lueur d’espoir.

 

Reste que ce quatrième accouchement fut le plus beau. Parce que j’ai décidé d’attendre 12h de travail avant de me rendre à l’hôpital et que j’ai pu vivre les contractions et laisser mes hormones faire une bonne partie de leur travail. Parce que je me sentais forte et puissante. 

Trois des choses que je retiens :

 

  • Être bien accompagnée, bien préparée, respectée et soutenue selon nos choix et nos droits est gage d’une bonne santé physique, psychologique est émotionnelle;

 

  • Parler de nos expériences (qu’elles soient belles ou traumatiques), être écoutées et entendues dans des milieux sans jugement est très important;

 

  • L’éducation périnatale est l’affaire de tous.te.s, pas juste des parents. L’entourage a aussi besoin de comprendre ce qu’il se passe et comment soutenir la personne enceinte/le couple.

 

Nous sommes fortes!

À celle qui ont dû avoir une césarienne et qui en sont déçues, frustrées, voir traumatisées, sachez que ce que vous ressentez est normal. Vous n’êtes pas seules. Sachez que vous n’avez pas échoué. Parfois, c’est le manque d’information, le manque de ressources et/ou le manque d’accompagnement qui en sont la cause. Ce n’est pas de votre faute! Vous êtes fortes et résilientes!

 

NB : Votre cheminement est le vôtre et il est important d’aller chercher l’information nécessaire auprès des professionnels qui peuvent le mieux répondre à vos besoins.

 

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