Still Can’t Do My Daughter’s Hair

J’ai longtemps pensé que seuls les hommes blancs, et morts depuis plus de 200 ans, pouvaient être poète. C’est principalement eux qu’on étudie en classe lorsqu’on parle de poésie.

J’ai toujours trouvé ça beau la poésie, mais il m’était difficile de m’identifier aux poètes qu’on étudiait à l’école. Leurs réalités n’avaient rien avoir avec la mienne. Redécouvrir la poésie fut pour moi une expérience plaisante et très intéressante. Je me suis d’abord intéressée à des femmes comme Rupi Kaur, Nayyirah Waheed, Warsan Shire et Melissa Lozada. Des femmes de couleurs dont les diverses expériences rejoignaient la mienne. Mais les poèmes de William Evans m’ont percutée pour plusieurs raisons.

William Evans partage à travers ses poèmes sa perspective sur la mort en tant qu’homme Afro-Américain. Il n’en parle pas nécessairement comme d’une fatalité, mais bien comme quelque chose d’inévitable et de naturel. Bien qu’il accepte le fait que la mort soit une étape de la vie, il a dû la confronter à plusieurs reprises.

Il a perdu au courant de sa jeunesse des voisins, des camarades de classes et même des amis parce qu’il habitait dans un quartier où les gens ne vivaient pas, mais survivaient.

William Evans ne veut plus se contenter de survivre, mais bien de vivre. Continuer à vivre pour sa femme, pour sa fille et également pour lui-même.

Sa fille et sa femme sont des éléments centraux de ce recueil. C’est pour elles qu’il veut continuer à vivre et il est aussi pleinement conscient que leur réalité en tant que femmes noires n’est pas simple non plus.

J’ai eu envie de lire ce recueil de poèmes après avoir vu une vidéo de William Evans qui récitait un poème écrit pour sa femme : My Wife Is Shaped Like.

Dès les premières lignes du poème, il glorifie les courbes de sa femme: « My wife is shaped like goddamn. Like a coke bottle ». Mais plus on avance dans le poème, plus on s’aperçoit qu’il change de direction. L’admiration se change en inquiétude, l’inquiétude d’un mari pour sa femme:

« My wife is shaped like do you know what this world does to black girl? »

 

À la fin du poème, il partage les inquiétudes de sa femme, les inquiétudes d’une Afro-américaine mariée à un Afro-américain vivant aux États-Unis:

« My wife is shaped like I married a man, not a memorial. Not a headline. Not a Facebook movement. »

L’inquiétude est de plus en plus palpable, de plus en plus lourde à la fin du poème :

« She is shaped like don’t you dare bleed out in a car they don’t think you deserve. »

 

Le poème finit en disant:

« My wife is shaped like: you make it home, you make it home ».

 

Pour bon nombre d’entre nous, tout cela est nouveau ! La brutalité policière est pourtant quelque chose que les communautés noires des États-Unis ont depuis toujours eu à faire face, à combattre. Ce livre est important parce qu’il nous parle de cette perspective. Il n’est pas si facile de se mettre à la place de l’autre, mais William Evans nous facilite la tâche, nous permettant de le faire avec aisance et cela est tout à son honneur.

Still Cant' do My Daughter's Hair
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