Toula Drimonis

Toula Drimonis est une journaliste indépendante basée à Montréal qui œuvre dans l’industrie des médias depuis près de quinze ans. Grecque, allophone, militante féministe, sont les multiples identités qui l’habitent et qui la façonnent à travers son combat, qui ne vient pas sans heurt, pour provoquer des changements dans notre société.

Éditrice, productrice, chroniqueuse primée et ancienne directrice des nouvelles chez TC MEDIA, son travail de journaliste indépendante a entre autres été publié dans le National Post, The New York Times, The Cut, National Observer, Ricochet Media, Ms. Magazine, Buzzfeed Canada, Huffington Post. La politique et les questions liées à la condition féminine sont ses sujets de prédilection. 

On demande à toutes nos agitatrices de partager avec nous une citation qui les a marquées et les inspire encore. Quelle est la vôtre ?

J’ai du mal à n’en choisir qu’une seule… Je collectionne tellement de citations, c’est quelque chose que j’ai toujours fait. Une des citations les importantes pour moi et qui se démarque est celle de Gloria Steinem:  « La vérité vous rendra libre, mais d’abord, elle va vous déranger ». Devenir plus informé et prendre conscience des inégalités sociales vous libère et vous permet d’aller au-delà des idées préconçues. Être plus conscient de la manière dont les femmes ont été conditionnées vous rendra plus libre. Cette citation réunit à la fois l’espoir d’une issue positive qui est d’être affranchie et le cheminement qui implique la colère, ce qui est une chose positive. Quand quelqu’un est en colère, il espère que le changement est toujours possible.

 

La colère n’est pas une chose négative. Je suis une personne très heureuse mais je suis toujours en colère !

 

Vous vous présentez souvent comme une enfant d’immigrés. Avez-vous ressenti une plus grande pression de réussir ? Pensiez-vous que vous n’aviez pas le droit à l’erreur ?

Oui, c’est très important pour moi de dire que je suis une enfant d’immigrés. Le premier livre que j’écrirai traitera surement de l’immigration. Je suis extrêmement fière de ce que mes parents ont accompli. Je suis profondément sensible et respectueuse des immigrants qui viennent ici et qui changent complètement leur vie. Quand mes parents sont venus ici, ils n’avaient rien et ils nous ont permis d’avoir une vie meilleure. Oui, je suis profondément fière, mais je ne ressens pas cette pression. C’est une pression inutile. J’ai toujours voulu que mes parents soient fiers de moi, mais je ne suis pas que féministe, je ne suis pas que grecque ou qu’anglophone, ce sont juste des facettes de mon identité. Ça m’agace vraiment lorsqu’on parle du soi-disant parfait exemple d’immigrant. Je devrais avoir le droit d’être aussi ordinaire, aussi médiocre, aussi inaccomplie que quiconque ici. Je n’ai pas besoin de prouver quoi que ce soit. Je n’ai pas besoin d’être décrite comme une bonne anglophone ou comme une bonne immigrante. Ça m’énerve que je doive obtenir ce droit.

 

Après tout, tout le monde est arrivé ici par bateau la seule différence entre nous est qui est arrivé en premier.

 

Vous avez grandi dans une famille grecque au Québec. De quelle manière votre culture a influencé votre vision des choses ?

Je suis née à Montréal et y ai grandi. Par contre, à partir de l’âge de dix ans jusqu’à mes vingt ans, j’ai vécu en Grèce. J’ai pu examiner de plus près la culture grecque qui à l’époque était une société très traditionnelle, très patriarcale. Il y avait un énorme fossé entre la façon dont les hommes et les femmes étaient traités. J’ai eu besoin du féminisme à cause de la manière dont j’ai été élevée, à cause des doubles standards dont j’ai été témoin et que j’ai vécus. Ma mère s’attendait à ce que je fasse les corvées ménagères, mais mon frère non. J’avais un couvre-feu, il n’en avait pas. Le double standard entre les hommes et les femmes concernant la sexualité, le complexe de la Madone ou de la Putain, m’ont toujours contrariée. Dès leur plus jeune âge, les femmes sont conditionnées à protéger leurs vertus, si elles entretiennent des liaisons trop tôt, elles n’ont plus de valeur, leurs réputations seront ternies, alors que pour un jeune homme c’est le contraire. C’est des conneries ! Ma culture grecque a donc influencé ma vision sur l’importance et la nécessité du féminisme. Heureusement, aujourd’hui, le changement s’opère chez les plus jeunes générations grecques.

Est-ce que vous avez parlé à vos parents de vos frustrations en tant que femme ? Avez-vous eu LA conversation avec eux ?

Mon père est décédé il y a quatre ans, donc je n’ai jamais pu avoir LA conversation avec lui. Par contre, j’avais toujours des prises de bec avec mon père. Même plus jeune, je tentais de leur expliquer, mais ils étaient conditionnés par leur culture. Quand je jouais dehors au basket avec des garçons, ma mère me disait : Qu’est-ce que les gens vont penser ?  Vous pouvez avoir cette conversation, mais parfois il y a une limite jusqu’à où elle peut évoluer. Mes parents m’ont encouragée à poursuivre mes études, ils m’ont soutenue à travers ma carrière, mais ils ne m’ont jamais vraiment comprise. Je suis un mystère pour ma mère. Ma mère est une femme grecque très traditionnelle. La maternité a toujours été la chose la plus importante pour elle, et je savais très jeune que je ne voulais pas avoir d’enfants. Je ne pense pas qu’elle me comprend …

Pourquoi pensez-vous que les hommes et même certaines femmes ont peur du mot féminisme ? Pourquoi pensez-vous que ce mot suscite autant de réactions négatives ? 

Ce mot provoque la peur, la haine et la méfiance, car ce sont les gens qui n’aiment pas le féminisme qui définissent le mot. Ils l’utilisent comme une insulte et tentent de perpétuer des stéréotypes, des idées préconçues sur le mouvement. Ils nous rabaissent en nous présentant comme des femmes hystériques qui ne sont jamais satisfaites et qui se plaignent de faux problèmes. Le féminisme est effrayant pour des hommes… Pour des hommes privilégiés qui ont peur de l’égalité et de perdre un peu de leurs privilèges. Les gens associent le mouvement avec une petite minorité de personnes excessives.  Le mouvement n’est pas monolithique, il n’est pas parfait, certaines personnes sont plus hardcore que d’autres, on n’est pas toujours d’accord sur tout.

Le féminisme n’a qu’une définition: l’égalité sociale et législative entre les sexes. L’égalité des droits et des chances pour les hommes et les femmes. Nous ne sommes pas en train de faire une chasse à l’homme, nous voulons tout simplement nous assurer que nos vies ne sont pas limitées et que nous bénéficions des mêmes droits. Ce sont de vrais problèmes, il n’y a rien d’exagéré dans nos demandes. Après tout, les femmes doivent encore se battre de nos jours. Les femmes doivent encore se battre aujourd’hui pour leurs droits reproductifs, doivent encore prouver qu’elles ne mentent pas lorsqu’elles dénoncent un viol …

 

Devrais-je avoir honte de moi parce que je veux contribuer à rendre le monde meilleur ?

 

Pourquoi est-ce important pour vous de prendre position, de parler et d’écrire sur certains sujets? Qu’est-ce qui vous a motivée à poursuivre une carrière journalistique plutôt qu’une carrière politique ?

Faire de la politique… ça ne marcherait jamais ! Beaucoup de gens me l’ont suggéré, mais je ne sais pas si je pourrais m’adapter à ce monde. La politique, c’est un jeu de compromis.  Dès la première semaine, je me mettrais les pieds dans les plats et ma carrière serait finie !

Je ne sais pas si c’est l’écriture qui m’a choisi ou si je l’ai choisie. C’est mon principal moyen de communication. Quand j’ai besoin de partager quelque chose qui me dérange, quand je veux sensibiliser les gens, l’écriture est mon premier réflexe. Lorsque bien maîtrisé, c’est un outil de changement extrêmement puissant. En écrivant vous contribuez à changer les mentalités. Je sais que c’est possible, je le constate tous les jours. Je le vois quand des hommes m’envoient des messages et me disent qu’ils comprennent maintenant. Je vois aussi le changement chez les jeunes filles… Après la Marche des Femmes, une fille de 15 ans m’a dit (j’en ai encore la chair de poule) : « Je sais que je suis jeune, mais s’il y a une autre marche des femmes, je veux aider ».

Avec l’écriture vient aussi la validation, et c’est important pour une femme. Les femmes ont besoin de savoir qu’on les écoute. Elle ont besoin de sentir qu’elles ne sont pas seules, que leur réalité est tangible. Il y a beaucoup de rejets et de désinformations quand on évoque des sujets liés à la condition des femmes parce que plusieurs pensent qu’il y a des problématiques plus importantes. Regardez le mouvement #metoo ! Ce fut un mouvement thérapeutique global. L’écriture est aussi un outil d’autonomisation qui permet à la femme d’avoir une voix.

Je suis une personne timide et c’est pourquoi j’écris. Il y a plusieurs façons d’influencer le changement petit à petit. Parfois, c’est si lent qu’on pense qu’on y arrivera pas… Mais il y a toujours des gains ! Peu importe la résistance, peu importe les personnes qui tiennent à conserver leurs privilèges, le changement s’opère. L’écriture peut aussi être épuisante. C’est un travail ingrat ! Vous ne connaissez pas les personnes que vous touchez… Les gens vous lisent et partagent vos textes. Ce qui était considéré comme radical devient la norme. Si je continue d’écrire c’est parce que ça fonctionne. Vous devez avoir les nerfs solides lorsque vous écrivez sur des sujets liés à la condition féminine. Les réactions négatives ne me dérangent même plus.

Comment réussissez-vous donc à rester saine d’esprit lorsque vous devez faire face à toute cette cyber intimidation et ce cyber sexisme ?

J’ai un bon sens de l’humour ! La plupart de ces gars sont des lâches qui ne méritent pas le respect. Je n’ai pas peur d’eux… Des fois, je les retweete et je corrige leur grammaire ou je prends une capture d’écran de leur message et je le retweete et je fais des blagues sur ça. Ça fait si longtemps que j’ai appris à ne pas le prendre personnellement. Je ne réponds plus autant, je les bloque à présent sur les réseaux sociaux.

 

Ils ne savent rien de moi, ils ne connaissent pas la personne qui les met en furie, ni la femme, ni la sœur, ni l’amie. Ils attaquent le changement, le mouvement politique parce qu’ils ne savent pas comment gérer le changement.

 

Je dis à toutes les femmes qui commencent à écrire de prendre leur temps et de choisir leurs batailles. Certaines personnes ne peuvent pas gérer les médias sociaux. Éteignez vos appareils, donnez-vous un peu de paix, si vous êtes bombardé de messages. Vous ne devez rien à personne. Nous avons été conditionnées à être gentilles, vous ne devez surtout pas vous sentir coupables de ne pas répondre.

Dans ces circonstances, croyez-vous que la liberté d’expression sur les réseaux sociaux devrait être assujettie à certaines règles ?

Cette question n’est pas facile, je n’arrive jamais à y répondre. J’ai même déjà été en désaccord avec mes propres propos sur cette problématique. Je serais capable de défendre les deux points de vue. Je crois énormément en la protection de la liberté d’expression. Je pense qu’on doit protéger les discours qui ne sont pas populaires. Ce sont les opinions impopulaires qui ont besoin de protection. Les gens devraient avoir le droit de dire ce qu’ils veulent. En fait, il faut permettre aux gens de dire ce qu’ils veulent ça va les mener à leur perte. Ils finiront par révéler leur vraie nature. C’est important de ne pas user de la censure trop rapidement afin de ne pas créer des martyrs de la liberté d’expression. Confrontez-les en public, défiez-les, débattez et détruisez leurs arguments en public. Cela dit, je suis d’accord qu’il faut mettre des limites, car il ne faut pas normaliser le racisme, l’antiféminisme, l’islamophobie. Je ne sais pas où se situe la limite… Quand on la franchit, ça devient un discours haineux, et c’est notre devoir de le dénoncer et d’arrêter sa propagation. C’est une conversation qu’on doit avoir. Je ne sais pas quelle est la solution.

Avez-vous déjà été découragée par toute cette résistance au point de vouloir arrêter d’écrire ?

Les réactions négatives ne m’atteignent plus. Quand Trump a été élu, j’étais en état de choc. Je me souviens que j’avais veillé très tard afin de regarder les élections et j’étais choquée, je ne pouvais pas croire ce que je voyais. Je comprenais ce qu’il représentait. Je savais que c’était un danger pour les femmes, les groupes marginalisés, les personnes de couleur, les musulmans… Je me suis retirée pendant un moment, j’étais complètement bouleversée et accablée. C’était clair, c’était la réaction brutale face à un mouvement féministe qui allait de l’avant. Pour ma propre santé mentale, je me suis éloignée des réseaux sociaux, j’ai pris mes distances. C’était l’un des moments qui m’a vraiment affectée. La présidence de Trump m’irrite tous les jours.

Comment le militantisme féministe a croisé votre parcours?

J’ai toujours été féministe sans en porter l’étiquette. J’étais une féministe dès mon plus jeune âge, mon militantisme est arrivé avec le temps. Durant la vingtaine, je faisais partie d’équipes sportives à l’université, et je me souviens d’avoir lu beaucoup de livres sur les doubles standards entre les hommes et les femmes dans les sports. Je crois que cela a été les prémisses de mon militantisme. Dans le monde du sport, j’étais entourée de femmes fortes qui ne se laissaient pas marcher sur les pieds. C’est en rencontrant d’autres femmes qui avaient l’esprit fermé sur ce que la vie d’une femme devait être que j’ai réalisé qu’on était différentes. C’est au début de la trentaine que je suis vraiment entrée dans cette sphère militante, c’est là que j’ai commencé à affirmer que j’étais féministe, que j’ai commencé à écrire des chroniques et que j’ai commencé à lire et à être influencée par les écrits d’auteures féministes militantes.

Quelle est la cause que vous défendrez jusqu’à votre mort ?

Les droits reproductifs sont probablement les plus importants pour moi. Le droit de la femme de faire ce qu’elle veut avec son corps est crucial. Certaines femmes sont forcées d’avoir des enfants qu’elles ne veulent pas. Les effets psychologiques de cette épreuve changeront à jamais qui elles sont et qui elles pourraient devenir. C’est tellement important pour moi et je ne comprends pas pourquoi nous avons encore cette conversation. Comment se fait-il que dans certains pays des hommes blancs prennent des décisions concernant le corps des femmes ?

 

Pourquoi les lois, la religion, les opinions des autres devraient primer sur le droit d’une femme de décider de ce qu’elle veut faire de son corps ?

 

Est-ce que votre franc-parler vous a déjà causé du tort professionnellement ?

Plus maintenant ! Ça fait près de quatre ans que je travaille comme journaliste indépendante. Je ne travaille plus pour une entreprise. Je n’ai jamais mâché mes mots.

 

Ma vocation est d’avoir une opinion et c’est pour ça que je suis payée. Je suis libre maintenant.

 

D’ailleurs, un politicien connu m’a déjà envoyé une ordonnance de cessation et d’abstention.  Un autre m’a même dit : « Des journalistes comme vous sont la raison pour laquelle des hommes comme moi ne veulent pas faire de la politique. » Certains de ces gars sont des mégalomanes qui n’aiment pas être défiés. Mon travail en tant que journaliste n’est pas de protéger leur image, ils ont une équipe de relations de presse pour ça. Je m’en fous complètement! Professionnellement, ça ne me touche plus, je peux tweeter ce que je veux maintenant. J’ai même certains collègues journalistes qui m’écrivent en privé pour me dire qu’ils aimeraient avoir ma liberté d’expression.

La seule chose négative lorsqu’on est chroniqueuse d’opinion, en tant que femme (peu importe si vous travaillez à la télévision, à la radio ou dans un journal), vous devrez faire face à des réactions virulentes de la part des hommes. Le harcèlement est terrible. J’ai reçu des menaces de viol. On m’a insultée de tous les noms. On m’a dit de retourner dans mon pays.  Un gars s’est donné la peine de créer une fausse adresse courriel afin de m’envoyer toutes sortes de conneries. Je dois faire face au mansplaining d’inconnus qui viennent me dire comment faire mon travail après avoir écrit un article. Ils m’écrivent afin de me dire que si je ne sacrais pas ou si je n’écrivais pas de cette manière, j’arriverais à mieux faire valoir mon point de vue. Des hommes se permettent de venir me dire que j’ai tort, que je manque de précision et de rigueur.

Dans plusieurs de vos chroniques, vous reconnaissez vos privilèges en tant que femme blanche. Dans une industrie où la diversité est peu valorisée, comment faîtes-vous pour toujours vous questionner sur vos privilèges ? Quelles actions prenez-vous afin d’être une alliée au mouvement antiraciste ?

En tant qu’allophone et fille d’immigrés, je suis profondément consciente que les femmes de couleur, les femmes autochtones et les femmes musulmanes sont confrontées au racisme, au sexisme et aux doubles standards à différents niveaux. Je m’offusque lorsque je vois des femmes blanches écrire du haut de leurs privilèges sans aller plus loin. Vous ne rendez service à personne… Lisez les auteurs de couleur, vous obtiendrez une autre perspective que vous n’avez pas expérimentée. L’ignorance est un choix… C’est votre responsabilité d’aller sur google et de faire vos recherches, de lire plus que le Journal de Montréal. Analysez les récentes politiques des libéraux ou de Legault qui veulent contrôler le corps des femmes. L’interdiction du Niqab, c’est de la discrimination pure et simple. Arrêtez d’assumer, allez rencontrer des musulmans. N’essayez pas d’être le héros blanc qui va les sauver. Beaucoup de gens ne comprennent pas comment en tant que féministe je peux soutenir le port du Niqab. Je suis athée, mais le fait est que je défends le choix des femmes de faire ce qu’elles veulent. Et il y en a qui le font librement. Lorsque vous portez un soutien-gorge rembourré ou portez des talons, c’est du conditionnement social. Qui voudrait librement porter un soutien-gorge rembourré ?

Bref, je fais de mon mieux pour interroger des personnes de couleur lors de mes entrevues. J’aborde souvent des sujets qui touchent la communauté musulmane. J’ai le privilège d’écrire mon opinion, alors je partage le plus possible des noms de personnes qui seraient excellentes en tant que panélistes ou interviewées sur différents sujets. Sur Instagram et Facebook, je partage des livres de femmes de couleur. Je veux que les gens les lisent et ouvrent leurs horizons. Les bons livres ne figurent pas sur la liste des meilleurs vendeurs. Je questionne toujours ce que j’écris. J’essaie toujours d’incorporer les valeurs du féminisme intersectionnel et j’essaie d’apporter des points de vue différents. Je fais de mon mieux pour inclure ces voix et passer le micro.

 

Vous n’êtes pas en mesure de juger de la réalité de quelqu’un d’autre quand ce n’est pas la vôtre.

 

Vous avez été directrice des nouvelles chez TC médias, vous avez affirmé que votre décision de quitter votre emploi et de vous concentrer sur vos écrits et vos projets étaient dues au fait que vous n’aimiez pas où s’en allait la direction éditoriale. Pensez-vous qu’on prend moins au sérieux les chroniqueurs d’opinions dans le monde du journalisme ?

C’est très important de rappeler que la rédaction d’une opinion éclairée et responsable est basée sur des FAITS ! Vous pouvez clairement exprimer votre opinion et celle-ci peut très bien être basée et soutenue par des recherches et des outils journalistiques.  Quand je donne mon avis d’expert ou que j’écris mes chroniques, je suis libre de discuter et d’énoncer des choses que je ne serais jamais capable de dire en écrivant un article ou en produisant des textes de nouvelles. Je suis capable de jouer deux rôles distincts, mais je préfère travailler dans le monde du journalisme militant, parce que je refuse de garder le silence ou de prétendre être neutre sur certaines questions majeures de notre époque.

Certaines personnes pensent que l’écriture d’opinion est moins utile que la simple publication de rapports, parce qu’on la confond avec les blogues et on pense qu’elle est biaisée. Mais une bonne chronique d’opinion peut façonner le monde, donner une voix à ceux et celles qui n’en ont pas, créer du changement et encourager davantage de gens à passer à l’action. J’adore avoir la liberté de pouvoir dire publiquement que cette personne ou ce politicien n’est pas sincère. J’ai un excellent détecteur de conneries et j’aime l’utiliser.

Quels impacts aimeriez-vous que vos écrits aient auprès du lectorat ?

D’un point de vue pratique, si je peux inciter les femmes à se lancer en politique ça serait une victoire. Nous avons besoin de plus de femmes en politique. Je veux que les femmes soient audacieuses, qu’elles élèvent leur voix et qu’elles prennent leur place. Les mouvements sociaux sont très bien, mais leur portée est limitée. Nous avons besoin de plus de femmes en position de pouvoir, elles sont instrumentales au changement de la condition féminine. Si nous continuons à avoir une majorité d’hommes en politique, les enjeux liés aux droits des femmes ne seront jamais abordés. Nous avons besoin de femmes qui prendront place à la table des décisions. Nous devons faire partie du système afin de changer le système.

L’entrevue a été réalisée en anglais et traduite pour la version finale de l’entrevue.

Noémi Mercier - Crédits photo : Daphné Caron
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