Véronique Harvey

Cette militante lance un cri du cœur afin que la santé mentale ne soit plus une crise invisible chez les nouveaux arrivants. Elle refuse de sombrer dans le cynisme ambiant. Son optimisme n’a rien de naïf, elle croit qu’elle peut faire une différence et nous invite à passer à l’action !

Travailleuse sociale et psychothérapeute spécialisée dans l’intervention en trauma et dans l’interculturel, Véronique Harvey est une conférencière et formatrice engagée qui a travaillé avec des réfugiés au Canada et aux États-Unis. Après avoir siégé sur le Conseil d’administration du RIVO (Réseau d’intervention auprès des personnes ayant subi la violence organisée) de 2012 à 2014, et convaincue qu’il est impératif de sauvegarder les services de thérapie pour les réfugiés, elle décide de s’y impliquer en tant que responsable des Communications et du financement.

On demande à toutes nos agitatrices de nous partager une citation qui les inspire. Quelle est la vôtre et que représente-t-elle pour vous ?

Une jeune femme Syrienne que je suivais en thérapie m’a dit un jour : « On nous demande de nous intégrer, de prendre des cours de francisation, de trouver un emploi… Mais on oublie une étape : nous avons d’abord une histoire à raconter. » Cette phrase m’a émue. Ça m’a rappelé les raisons pour lesquelles je fais ce travail. Ça m’a donné des frissons.  À ce moment, cette jeune femme venait de valider tout le travail acharné qu’on fait au RIVO. C’était sa façon de me dire « Toi, tu as reconnu ma douleur et moi «je » reconnais l’aide que tu m’as apportée.»

Il n’y a rien dans le discours ambiant, qu’il soit politique ou autre, qui traite de l’aspect de la santé mentale. Je n’entends presque jamais parler des traumatismes causés par la violence organisée.

 

Pour moi, c’est troublant parce que si l’on parle de réfugiés et de demandeurs d’asile, ceux sont des gens qui ont fui des situations d’horreur.

C’est important de souligner que tous les réfugiés et les demandeurs d’asile n’ont pas besoin de thérapies, mais ceux qui en ont besoin, en ont besoin urgemment. Ceux sont des gens très vulnérables et on a un rôle à jouer.

Le RIVO célèbre ses 25 ans cette année. Pour ceux qui ne le connaissent pas, qu’est-ce que vous aimeriez leur dire à propos de cet organisme ?

Le RIVO est basé à Montréal et offre des services psychologiques gratuits aux personnes ayant subi de la violence organisée. On fait référence à des personnes ayant fui la guerre, des génocides, des attentats, de la torture. Cette violence peut être d’ordre politique, sociale, religieuse ou identitaire. La mission du RIVO est donc de favoriser, au Québec, la réhabilitation et l’intégration des nouveaux arrivants et de toute personne ayant été traumatisée par la violence organisée. Le RIVO offre également de la formation spécialisée pour les intervenants du milieu.

Le RIVO est un organisme unique et possède une expertise très rare au Québec. C’est un organisme essentiel, il y en a juste un et il faut en prendre soin.  Le RIVO répond non seulement à une demande croissante, mais son expertise est très convoitée. Beaucoup d’intervenants et d’organismes communautaires ont besoin d’être outillés afin d’intervenir auprès des personnes qui ont subi des traumatismes. Lorsque ces intervenants font face à des personnes en détresse psychologique, ils ne savent pas comment les aider. De plus, il n’y a pas de services en région, et récemment on a reçu une grande vague de demandes d’intervenants de Trois-Rivières, de Saint-Jérôme, de Gatineau et de Joliette. Il est essentiel pour nous de développer nos services en Région.

En 2012, le RIVO a connu une crise suite aux coupures fédérales dans les soins de santé aux réfugiés et demandeurs d’asile (PFSI). L’organisme a perdu 80% de ses sources de revenus en l’espace d’un mois et n’arrivait qu’à fonctionner grâce à un donateur privé.  Comment faites-vous pour vivre ? Est-ce que votre travail est rémunéré ?

Bien que notre situation se soit améliorée, je reçois toujours un montant symbolique pour mon travail. Je fais beaucoup de bénévolat. Heureusement, il ya plus qu’un salaire qui entre à la maison. C’est évident que je ne trouve pas ça facile, parce que j’ai toujours été indépendante. J’ai été élevée par une mère féministe, fière et autonome. 

Aujourd’hui, les ONG doivent travailler avec des moyens plus que modestes.  De nos jours, les principaux bailleurs de fonds sont de plus en plus dans le secteur privé, et on doit se plier à leurs conditions et souvent ils considèrent un pourcentage très modeste pour les frais administratifs alors que ce sont des dépenses essentielles pour pouvoir fonctionner. Les ONG doivent maintenant se présenter comme des entreprises, il faut qu’elles aillent chercher des expertises en communication pour trouver des fonds. Cette expertise coûte chère, et bien souvent ce sont les petits organismes qui en pâtissent et disparaissent. De plus, on nous demande de présenter des projets taillés sur des critères rigides avec des résultats quantitatifs (non qualitatifs) qui sont souvent incompatibles avec les besoins et la réalité du terrain. 

J’espère que ça va changer parce que je trouve ça triste qu’on demande aux personnes qui travaillent dans le communautaire de systématiquement travailler avec des salaires qui les tiennent dans la pauvreté pour faire un travail de don de soi.

 

Je pense que c’est quelque chose que j’aimerais dénoncer. On ne veut pas d’un directeur qui gagne 200 000$ à l’année, je ne juge pas, mais ce n’est pas ce qu’on prône. On veut juste faire attention aux personnes qui s’impliquent, on ne veut pas qu’elles s’épuisent au travail.  On parle de professionnels qui ont une expertise rare au Québec. On ne veut pas les perdre, on veut pouvoir les garder. Je survis grâce à ma passion, c’est ça qui me tient ! Et je me dis que les choses s’améliorent tranquillement. Il reste beaucoup de travail à faire, mais il y a quand même de l’espoir et de la lumière au bout du tunnel.

Est-ce que les intervenants du RIVO, les psychologues et les psychothérapeutes, reçoivent également un salaire symbolique ?

Historiquement, les thérapeutes ont toujours reçu un montant symbolique depuis la fondation du RIVO. Ça fait partie de nos principes. Le RIVO veut s’assurer que les intervenants soient là pour la cause avant tout, qu’ils s’impliquent pour les bonnes raisons, qu’ils aient un vrai souci du bien-être des personnes vulnérables. Suite à la crise de 2012, vu qu’on n’avait plus de financement, certains thérapeutes travaillaient gratuitement. On a graduellement pu réinstaurer ce montant symbolique. Aujourd’hui, ce montant a presque atteint le montant initial qui était donné. Les thérapeutes du RIVO sont pour la plupart en pratique autonome et ont d’autres sources de revenus. Ils ont une clientèle qui ont des assurances. Ils vont prendre un certain pourcentage de cas du RIVO.

Vous avez orchestré une campagne de financement pour le RIVO, « De la Survie à la Vie ». Pourquoi avoir choisi ce slogan ?

Les personnes qu’on voit en thérapie sont souvent, à cause de leur grande détresse psychologique, dans un état de paralysie, de survie. Même si elles ne sont plus dans un contexte de guerre ou de violence, elles n’ont pas réussi à se libérer de leur peur et continuent de se comporter comme si elles étaient encore en danger. Elles vont soit s’isoler et ne pourront sortir de chez elles, ou elles vont être fonctionnelles uniquement dans une sphère de leur vie. Ce sont des gens qui vont avoir de la difficulté à s’intégrer pleinement dans leur environnement.  À travers la thérapie, elles arrivent à se reconstruire et à se mobiliser à nouveau pour éventuellement passer à un état de vie comme nous. Quand on est dans un « mode de vie normal », on est capable de trouver des solutions, on accepte nos ressources internes, on a confiance en soi, on peut réellement s’épanouir et contribuer à la société.

Les personnes qui viennent nous voir ont un urgent besoin de regagner leur dignité, elles ont souvent honte d’avoir tout perdu.

 

Quelles sont justement les besoins psychologiques de votre clientèle. De quoi a-t-elle besoin ?

Chaque personne est unique, mais je dirais qu’elles ont certaines choses en commun. Souvent, lorsqu’elles viennent nous voir, elles veulent tout oublier, mais malheureusement ce n’est pas possible. La solution c’est d’apprendre à vivre avec. Notre rôle est de permettre à ces personnes d’absorber ce qu’elles ont vécu, de démystifier et de normaliser leurs expériences. Ce qu’elles me décrivent, cet état de stress permanent, les cauchemars, les souvenirs, les pertes d’appétits, l’hypervigilance, les palpitations cardiaques, les sueurs froides, les sursautements exagérés sont des conséquences de leur traumatisme.

Notre rôle consiste à leur faire comprendre qu’elles sont normales et que c’est la violence qu’elles ont vécue dans leurs pays d’origine qui ne l’est pas.

 

Dans le fond, ces survivants veulent juste être dignes de ce monde. Ils veulent être acceptés par les autres, car ils ont été persécutés et ils se sont appropriés une identité négative. Et c’est justement l’objectif du bourreau dans un processus de déshumanisation. Ces personnes ont été humiliées, elles veulent juste moins souffrir. Elles veulent être de bons parents quand c’est des adultes et quand c’est des enfants, ils veulent juste réussir à l’école.  Elles veulent se trouver un travail à tout prix pour être dignes, pour de nouveau avoir une identité positive.  Lorsqu’elles arrivent ici, elles sont démunies, elles ont la sensation d’avoir tout perdu, elles sont sans ressources. Leur nouvelle situation exacerbe et confirme l’humiliation qu’elles ont vécue dans leur pays d’origine. Ces survivants se battent et veulent s’en sortir.

Comment se manifeste le trauma ?

Le trauma a un impact sur les relations personnelles, familiales et professionnelles. Ça va affecter la capacité d’une personne à fonctionner normalement, à se concentrer. Imagine avoir des flashbacks, revivre une scène d’horreur au travail ou pendant des cours de francisation. En plus, l’histoire qu’elles vivent est tellement lourde, qu’elles ne pourront jamais la partager entièrement à un ami ou à un collègue. Elles se sentent à part et différentes. Elles ne peuvent pas continuer comme ça et si elles ne sont pas traitées, leur état va se détériorer. Le stress post-traumatique peut se transformer en anxiété généralisée et oublions l’intégration.

On parle d’un stress post-traumatique, c’est comme si quelqu’un te mettait une arme à feu sur la tempe en permanence.

 

La violence continue même si ces personnes sont ici. Elles entendent les nouvelles, elles voient les images, savent que la situation de violence se poursuit. Elles sont inquiètes pour leurs proches qui sont restés derrière et se sentent coupables d’avoir fui et d’avoir laissé les autres. Il faut qu’elles vivent avec cette pression et cette préoccupation constante.  Beaucoup de personnes ont laissé des enfants derrière, et les parents agonisent face à la lenteur des processus de réunification familiale.

La maladie mentale demeure encore tabou chez les communautés culturelles.  Comment contribuez-vous à briser ce tabou ?

Les troubles de santé mentale ne sont vraiment pas bien perçus, et même ici, il y a des tabous. Il n’y a personne qui a envie de dire publiquement qu’il est en dépression ou qu’il souffre d’un trouble anxieux. Les personnes qui viennent nous voir ont peur d’être stigmatisées, d’être perçues comme des « fous », déjà qu’elles ont l’impression de perdre la raison avec les cauchemars constants et les souvenirs. Elles ne savent même plus qui elles sont parfois. Il faut utiliser un langage des plus simple possible, se concentrer sur la relation avec l’autre. Il faut faire attention aux termes qu’on utilise.

Je travaille dans une posture d’humilité, je ne suis pas l’experte qui va dire à la personne quoi faire, je suis au service de la personne qui vient chercher de l’aide.

Je vais plutôt faire ressortir ses forces et travailler avec elle afin qu’elle puisse prendre sa place dans le processus thérapeutique. Plutôt que de la diagnostiquer et d’exacerber son sentiment d’être anormale suite à une référence pour des problèmes de santé mentale.

Vous avez comme objectif de ramasser 50 000$. À quoi servira ce montant ?

C’est un montant modeste, car idéalement, on aurait besoin de plus. Je pense que dans un contexte où les gens sont extrêmement sollicités, on veut aller à l’essentiel. On a besoin de ce montant pour répondre à la demande qu’on a cette année. Le nombre de personnes qui nous sont référées double d’année en année. Les 50 000$ serviront principalement à offrir des services gratuits de thérapie aux plus vulnérables. Le PFSI, le programme fédéral de soin de santé intérimaire ne couvre qu’une partie des frais de thérapie. Le problème c’est que toutes les personnes qu’on voit ne sont pas couvertes par le PFSI. Il y a des gens qui vivent au Québec depuis des années, et un son, une odeur, une scène dans un film, un reportage aux nouvelles peut déclencher leur traumatisme et ils auront besoin de thérapie, et ils ne sont pas couverts. Nous sommes capables d’absorber la demande pour le moment. Nous ne sommes pas le facteur limitant, le manque de financement l’est. De plus, on n’offre pas juste un soutien aux gens vulnérables, mais également aux gens qui les accueillent.

On peut avoir tous les programmes d’accueil du monde, ils peuvent être les meilleurs, mais si on a pas préparé adéquatement les agents, les professionnels, les intervenants qui agissent dans ces programmes, ils ne fonctionneront pas.

 

C’est pas juste d’intervenir dans un contexte interculturel, c’est de comprendre les comportements des personnes traumatisées qui peuvent être perçues souvent comme un enjeu culturel alors qu’ils relèvent souvent de l’ordre du trauma. Il faut soutenir les intervenant à qui les réfugiés vont confier leurs histoires et qui sont pris avec ça, c’est essentiel ! Ils ne sont pas des psychothérapeutes, ils n’ont pas accès à de la supervision. Ils peuvent être bouleversés, même traumatisés par ce qu’ils ont entendu et vont retourner à la maison démunis. Il faut les soutenir aussi. Il manque une chaine à l’offre de service, il faut travailler en réseau.

Est-ce que jusqu’à maintenant le public est réceptif à votre message ? Avez-vous rencontré des défis depuis le lancement de la campagne ?

Les gens sont très réceptifs à notre message, à la cause, mais de là à donner c’est là le défi !  Les gens sont intéressés à en apprendre plus sur la question du trauma. Des entreprises privées comme Bell ont entendues notre message et nous ont fait des dons.  La médiatisation de la question des réfugiés nous aide sur le terrain. Je sais qu’on est entendu, j’espère juste que ça va durer…

La médiatisation de la question des réfugiés n’est pas toujours positive, on parle souvent de la peur des réfugiés au Québec. Est-ce que tout ce cynisme, ce manque d’humanité vous décourage ?

Pour moi, je refuse de tomber dans le cynisme, car c’est un piège. C’est s’avouer vaincu d’avance. Si la vie de votre enfant était en danger, vous vous battriez sans y réfléchir. Mon optimisme n’a rien de naïf, je crois en un monde meilleur. Au contraire, je suis très consciente des enjeux planétaires, des intérêts économiques, des inégalités persistantes qui contribuent à l’exil de plusieurs. Le fait que ces personnes fuient est un symptôme des abus de pouvoir de l’homme.

C’est pourquoi je n’ai pas le temps d’être cynique, j’ai trop de satisfaction à voir les bienfaits des gestes qu’on peut poser et qui sont à notre portée. Nous avons tous le pouvoir d’agir et de faire du bien.

 

Je suis tout de même très inquiète d’entendre à voix haute des discours haineux et ça à un impact sur le bien-être psychologique des personnes qui arrivent, car ils regardent les mêmes nouvelles que toi et moi. Ça c’est triste et ça nous donne plus de travail thérapeutique. En plus de fuir la persécution, ils arrivent ici et entendent des discours haineux, et ils ont peur. Ils veulent être invisibles.  On leur demande de s’intégrer, mais il faut aussi les accueillir pour qu’ils se sentent en sécurité, qu’ils aient le gout de prendre leur place. Ce qui me pousse à continuer, c’est la nécessité pour ces personnes de recevoir des soins psychologiques, leur nécessité d’exister. J’ai des gens qui s’effondrent dans mon bureau, qui sont désemparés, sur le bord du suicide. On ne peut pas les laisser comme ça, c’est inhumain ! Ça ne fait pas de sens du point de vue sociétal si on veut qu’ils s’intègrent. Ils ont tellement de potentiel, voir ces gens se transformer, c’est extraordinaire. Ils sont tellement inspirants.

On a tous un rôle à jouer. Je pense que le gouvernement du Québec pourrait faire plus, il nous donne qu’un montant symbolique. La Ville de Montréal également. On dit qu’on est une « Ville Sanctuaire », qu’est-ce que ça veut dire finalement ?

Est-ce qu’en tant que thérapeute vous avez également besoin de services psychologiques ?

Oui, absolument ! Le RIVO est constitué d’un réseau d’intervenants issus d’origines multiples, on a souvent des intervenants qui ont eux-mêmes un parcours de violence organisée. C’est connu aussi dans le milieu de la psychologie que les intervenants qui travaillent en trauma, les psychologues ou psychothérapeutes, ont leur propre expérience de trauma.

Le RIVO nous donne un montant symbolique pour notre travail de thérapie et en échange nous offre de la supervision individuelle ou de groupe. Par exemple, si j’ai besoin d’aller parler lorsque j’ai un cas qui m’a particulièrement bouleversée, je peux avoir recours à de la supervision. Dans notre formation, quand on veut devenir psychothérapeutes, on est également formé afin de reconnaître la différence entre notre propre réaction de contre transfert qui est généré par une expérience personnelle versus une réaction qui est générée par un récit troublant de quelqu’un qu’on voit en thérapie. On est formé pour ça, mais c’est sûr qu’on est humain, et dès fois, les choses s’entremêlent. Et c’est important de ne pas hésiter d’aller en supervision ou en thérapie quand on en a besoin.

Est-ce que vous avez vécu un événement traumatique ?

Très jeune, j’ai été sensibilisé à la question du trauma, j’ai cherché à comprendre ce qui était arrivé à ma mère suite à certains évènements et les répercussions que ça a eu sur ma propre enfance et ma relation avec ma mère.  Par la suite, j’ai vécu à New-York pendant les attentats du 11 septembre qui m’ont profondément marquée.

C’est assez paradoxal, comment est-ce qu’on peut soutenir les autres lorsqu’on souffre nous-même de traumatismes ?

En essayant de comprendre ce qui m’était arrivé et ce qui était arrivé à ma communauté New-Yorkaise à l’époque, j’ai entrepris une démarche qui m’a définitivement amené à avoir une passion, éventuellement dans l’aide pour les autres qui ont vécu des choses bien plus pires que moi. Soyons clair, je ne peux pas comparer ma propre expérience à quelqu’un qui a vécu un génocide. Mon expérience personnelle m’a informé, sensibilisé sur les difficultés qu’on peut avoir suite à un trauma de ce genre. Par contre, les attaques du 11 septembre ça fait longtemps, les choses se sont apaisées drastiquement depuis. Je ne souffre plus de traumatismes, mais c’est sûr qu’il y a des cicatrices qui vont rester, mais je ne sens plus le besoin d’aller en thérapie.

Que faites-vous pour vous changer les idées, pour prendre du temps pour vous ?

Je tiens à maintenir une bonne hygiène de vie, je mange bien, je fais de l’exercice, je me couche tôt. J’aime beaucoup voyager.  Je me permets de prendre du temps pour moi. J’ai une famille que j’aime et que j’adore. J’ai un garçon magnifique. Je m’entoure de bonnes personnes, et c’est ce qui me comble.

Quel est l’héritage que vous aimeriez laisser à votre fils ?

C’est assez cliché, mais c’est vrai ! Je veux lui laisser un monde meilleur. Et surtout, un monde qui est plus accueillant pour les personnes afro-descendantes. Mon garçon étant né en Afrique, il est noir et moi je suis beige, et dépendamment des jours, je suis rose (rires) ! J’élève mon garçon et j’observe, que ce soit au Québec ou aux États-Unis ou partout à travers le monde, qu’être noir c’est quelque chose à porter. Il y a peu de gens qui comprennent ce que ça veut vraiment dire et j’ai envie que ça change.

Est-ce que vous avez abordez la question du racisme avec lui ?

Là, il y a 7 ans (rires) ! J’ai envie de lui dire que nous allons être là pour lui afin de le soutenir, que je ne suis pas aveugle, que je vois clair. Il faut apprendre à dénoncer, à s’endurcir, il faut se développer une carapace et il ne faut pas traverser ça seul.  Ce que je trouve le plus difficile en fait c’est le déni. Malheureusement, mon garçon a vécu certaines choses, des enfants lui ont dit des commentaires dénigrants et lorsque je suis intervenue, j’ai fait face à du déni et j’ai été surprise par le niveau de déni. Je pense qu’il faut le vivre pour s’en rendre compte. Ce n’est pas tant le racisme, mais le déni du racisme qui me choque. On te met dans une position ou tu dois prouver, montrer, justifier et t’as l’impression d’être la fatigante qui vient faire du trouble. En même temps, il ne faut pas se laisser intimider. C’est troublant d’être la maman d’un enfant qui vit ça à un si jeune âge. Ça a commencé à l’âge de 5 ans, mais ce que j’ai compris, c’est qu’il va devoir faire face à ça une bonne partie de sa vie.

 

Crédits photo : Marcel Mueller

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